Implantation très précoce

Je suis la maman d'un petit garçon, né sourd et qui a reçu 2 Implants Cochléaires (IC) à ses 9 mois et demi. Avec l'opération, on nous a proposé de suivre – autant nous, la famille que notre fils - une rééducation développée spécialement pour les personnes qui recouvrent l'audition grâce aux IC: l'Auditory Verbal Therapy (AVT). Au début, je me disais que nous devions aussi parallèlement apprendre la Langue des Signes, pour que, dans l'éventualité que quelque chose arrive aux appareils, notre fils puisse être capable de communiquer quoiqu'il arrive. Mais ensuite j'ai réalisé que seuls nous, ses parents, allions faire  l'effort d'apprendre - tant bien que mal - la LSF et que comme notre garçon devrait pouvoir suivre une scolarité en école publique, il n'aurait en réalité personne d'autre avec qui signer. Du coup, c'est devenu évident qu'il valait mieux concentrer toute notre énergie et nos efforts pour apprendre à notre fils à écouter et à parler aussi bien qu'un enfant normo-entendant. Et après tout, le jour où ses processeurs se casseront ou se perdront, je n'ai aucun doute que, durant les 24-48 heures pendant lesquelles il restera dans le silence, mon fils et moi seront toujours capable de communiquer d'une façon ou d'une autre.


Immédiatement après ”l'arrivée” de l'audition donc, nous avons démarré les séances d'AVT. La première chose à accepter quand on commence avec l'AVT est d'avoir de l'ambition sur les capacités de nos enfants à entendre et parler BIEN. Notre attente, dans la mesure où aucun autre trouble n'était décelé : qu'après 1 année d'AVT, vers l'âge de 2 ans, notre fils ait rattrapé son retard auditif et verbal et atteint le même niveau qu'un enfant de 2 ans normo-entendant. C'est assez incroyable d'avoir une telle ambition pour un enfant né sourd, surtout dans une famille qui navigue entre 3 langues!

Afin de donner le maximum de chances à notre petit, nous avons décidé, malgré le terrible défi financier que cela représente, de repousser l'entrée en crèche et de se concentrer exclusivement à la rééducation auditive de notre fils pendant sa première année d'audition. L'AVT insiste bien sur le fait que c'est en famille, à la maison, que les bébés apprennent à parler...


Cela fait donc 10 mois que mon fils et moi allons une fois par semaine au centre IC pour ”jouer à écouter”...Enfin bon, c'est surtout le petit qui joue, à découvrir plein de nouveaux jouets ou à rire de notre joie quand il nous fait l'honneur de sortir un son . Pour l'AV-Thérapeute et moi, c'est déjà plus sportif de l'amener à écouter d'abord, à attendre avant de pouvoir voir ou à lui faire émettre un son! Mais les résultats sont là et il n'a pas fallu bien longtemps avant de rendre notre garçon extrêmement conscient du monde sonore qui l'entoure. Il était un bébé très silencieux et est à 1 an et demi, à mon goût, encore un peu trop avare de sa voix. Mais au moins, il est un excellent ”écouteur”, ce qui est la condition primordiale à la parole. Et surtout, on ne voit déjà plus aucune différence entre lui et les autres garçons de son âge!


Alors évidemment, cela demande beaucoup de temps et d’énergie de préparer pour la maison une séance d'AVT, telle qu'on la fait au centre IC...surtout quand, en moins de 5 minutes, votre bébé d'1 an a déjà tout jeté à terre, crie d'impatience pour voir ce que vous cachez derrière votre dos ou ne veut pas relâcher le jouet qu'il est en train de mâchouiller! C'est dur-dur d'essayer de canaliser un bébé garçon beaucoup plus attiré par l'escalade et les courses-poursuites avec sa sœur que par la parole...alors en attendant que mon petit coquin ne grandisse et ne devienne plus coopératif, nous ne manquons pas d'appliquer dans la vie de tous les jours les ”règles auditives”.

Par exemple, très vite aussi, le petit s'est mis à pointer du doigt avec un son interrogateur quand il entend quelque chose. Tout en pointant également notre oreille, nous lui répondons toujours qu'il a bien entendu, que nous avons entendu aussi et ce que c'était qu'il a entendu. C'est devenu une seconde nature. Même la grande sœur de 4 ans, qui souvent se joint aux séances d'AVT (comme tous les autres membres intéressés de la famille), s'y est mise. En fait, elle est même la meilleure quand il s'agit d'obtenir un son de son petit frère.


Et voilà qu'à l'âge de 18 mois et à l'âge auditif de 8 mois, la parole de mon fils a d'un coup "explosé". Il s'est tout à coup mis à dire de vrais petits mots. Ces mêmes mots que les bébés normo-entendants commencent à dire entre 1 an et 1 an et demi (parfois pas avant 2 ans même). Et je peux bien dire qu'il a la plus jolie voix de bébé que j'aie jamais entendue:)

Alors bien sûr, il y a encore beaucoup de travail qui nous attend, nous devons aider notre fils non seulement à parler bien, mais en plus à devenir bilingue. Quel défi et quelle super aventure :)