Les étoiles sont accessibles

«  Votre bébé est sourd profond, voici les coordonnées d’un centre orthophonique et d’une audioprothésiste. Vous me remercierez dans 20 ans quand il parlera  !  », m’annonçait sèchement l’ORL qui venait de diagnostiquer la surdité de notre bébé, alors âgé de 3 mois. Aujourd’hui, il vient d’avoir 6 ans et n’est plus du tout suivi d’un point de vue orthophonique, comme le prévoyait le protocole en France.

Parents, nous avions opté très rapidement pour une thérapie, qui n’est pas encore proposée en France  : l’AVT  (Auditory Verbal Therapy). Grâce à des professionnels étrangers très compétents et généreux,  nous avons participé à ce travail conjointement. Un sacré travail d’équipe entre les thérapeutes, les régleurs, nous parents, notre petit garçon, sa grande sœur et sa grand-mère  ! Cette thérapie a eu lieu ensemble, c’est une des conditions pour qu’elle soit menée à bien. Et en grande partie à la maison entre nous car les parents bien coachés par la thérapeute comprennent vite les astuces et techniques pour susciter l’écoute de leur enfant, pour favoriser l’échange, pour élargir ses habilités langagières... dans un cadre naturel.

Nous avions vu et entendu ces nombreux enfants à l’étranger qui parlaient plusieurs langues avec une telle aisance (pas leur langue maternelle et la LSF, mais bien leur langue maternelle et d’autres langues étrangères  !), qui jouaient d’un instrument de musique avec tant de facilité, qui partageaient des moments de complicité avec leurs camarades de classe entendants dans leur école de quartier, qui parlaient, même parfois mieux que leurs pairs entendants… et ces jeunes adultes implantés, qui devenaient eux-mêmes ORL et chirurgiens  ! Oui, aucune limite pour atteindre les étoiles…

Nous avions alors aussi toutes les raisons de croire au potentiel de notre petit garçon.  Lui aussi a le droit d’entendre et de parler pour faire partie de notre société, pour devenir indépendant, être un contribuable et acheter sa baguette de pain sans interprète.  

Nous avons beaucoup travaillé mais toujours dans le plaisir, en chantant des comptines, dansant librement, en lisant des histoires, en étalant le linge, en débarrassant le lave-vaisselle, en commentant les panneaux de circulation, en plantant nos bulbes de tulipes… Tout prétexte était bon pour échanger, élargir son vocabulaire, pour l’alerter sur des nouveaux bruits ou sons… Il était tellement demandeur  !


La semaine prochaine, notre grand garçon rentrera au CP dans l’école de quartier, sans aide particulière, mise à part l’amplification en champ libre. Il est fier et nous aussi d’avoir parcouru ce chemin avec lui. Finalement, ces quelques années, où le développement du langage est si primordial et où les synapses du cerveau ne demandent qu’à être stimulées, étaient intenses mais sont passées si vite. Rien à voir avec les 20 ans que nous avait fixé l’ORL lors du diagnostic  ! Notre fils est sorti de l’auberge, il vit sa vie avec sa bande de copains, participe à ses activités sportives ou musicales, collectionne des invitations aux anniversaires… Il est joyeux, curieux… et bavard  ! C’est touchant. Je suis très heureuse d’avoir opté pour l’AVT, c’était la meilleure option qui pouvait s’offrir à lui. Je souhaite que les autres enfants français sourds puissent aussi un jour avoir le choix de bénéficier de l’AVT de façon plus aisée que nous  !


Je tiens à rendre hommage à tous ceux qui nous ont ouvert leurs portes aux quatre coins du monde  ; je les remercie du fond du cœur. Leur encouragement, leur guidance,  leur espoir, leur professionnalisme ont permis à notre petit garçon de vivre normalement… sans limites dans notre monde  ! La citation ci-dessus de Wittgenstein figurait toujours à la fin des mails que m’envoyait une des thérapeutes. Je ne l’oublierai jamais.


Le 29 août 2012, Maman d’un petit garçon sourd profond bilatéral, appareillé à 4 mois et implanté à 14 mois.